• Des souris et des hommes - John Steinbeck

    "- Les types comme nous, qui travaille dans les ranchs, y'a pas plus seul au monde. Ils ont pas de famille. Ils ont pas de chez soi. Ils vont dans un ranch, ils y font un peu d'argent et puis ils vont en ville et ils le dépensent tout ... et pas plus tôt fini, les v'là à s'échiner dans un autre ranch. Ils ont pas de futur devant eux. (...) Pour nous, c'est pas comme ça. Nous, on a un futur. On a quelqu'un à qui parler, qui s'intéresse à nous. (...)

    Lennie intervint.

    - Mais pas nous ! Et pourquoi ? Parce que ... parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour t'occuper de toi, et c'est pour ça.

    Il éclata d'un rire heureux."

     

    Des souris et des hommes - John Steinbeck

     

    Le roman a été publié en 1937 aux Etats-Unis. Mais il a connu, au fil du temps, de nombreuses éditions, passant par Delcourt Mirage, mais aussi Gallimard, collection Folio, en passant par d'autres maisons d'éditions que je ne connais pas encore. L'édition que j'ai lu, d'ailleurs, vient bien de Gallimard mais il s'agit de la collection Livre de Poche, un exemplaire assez vieux puisqu'il me vient de ma mère.

     

    AVERTISSEMENT : cet article contient quelques spoilers. Si vous souhaitez éviter de connaître par avance les détails du livre et de l'intrigue, courez avec votre tente devant votre libraire favori jusqu'à ce qu'il vous offre ce livre. Sinon, vous pouvez continuer votre lecture. Vous avez le droit de me lancer des trucs, de préférence des roses noires ou une dédicace de Patrick Modiano, je prend aussi les cartes de visite.

     

    Le résumé : Etats-Unis, dans les années 30. Lennie Small et son ami Georges Milton parcourt les Etats-Unis, allant d'un ranch à un autre, d'un boulot à l'autre. Le problème est que Lennie, d'une force extraordinaire, est un enfant. Un enfant dans un corps d'adulte, un enfant dont Georges, avec dévouement, protège et aide. Jusqu'au jour où il est trop tard ...

     

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    L'auteur : John Steinbeck, né en 1902, est fils de trésorier et d'enseignante. Troisième enfant d'une fratrie de quatre, seul garçon, le jeune homme abandonne Stanford pour New York. Il publie en 1935 son premier succès, Tortilla Flat, nouvelle humoristique qui lui vaudra  la médaille d'or du meilleur roman écrit par un Californien décernée par le Commonwealth Club of California. Des souris et des hommes, En un combat douteux, suivent quelques années plus tard. Le succès est total, suivi par son célèbre roman "Les raisins de la colère". Adapté sur écran en 1940, l'auteur recevra à cet occasion le prix Pulitzer. 1952 voit À l'ouest d'Eden, une autre de ses œuvres majeures. Il recevra encore le prix Nobel de Littérature en 1962, la médaille de la Liberté des Etats-Unis en 1964 et s'éteindra quatre ans après cette récompense.

     

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    Mon avis : Ce roman est d'une justesse psychologique et sociale ... On est au coeur de l'Amérique profonde, sauvage et individualiste, pleine de préjugés, d'inégalités et pourtant tellement riche. Bien au delà de la dimension psychologique via Lennie que j'aborderais, on retrouve un personnage à part entière en filigrane : l'Amérique des années 30. Une Amérique encore très sauvage et en proie à la ségrégation. En effet, il y a cette scène dans la chambre de Crooks, où l'on voit clairement les différents traitements réservés aux hommes noirs, traité avec encore moins de respect que les ouvriers, pourtant en bas de l'échelle sociale : chambre à l'écart, où personne ne lui rend jamais visite, ainsi que son indifférence face aux insultes dont il est victime indique un quotidien fait de mépris pour sa couleur. On a aussi les préjugés contre les femmes : la femme de Curley, si elle est dépeinte comme peu intelligente, est néanmoins ambitieuse. Elle ne correspond pas aux standards de l'époque, elle ne reste pas à la maison, à faire son ménage et s'assurer que Monsieur soit bien servi. Elle s'ennuie, elle provoque, elle s'amuse, avec une insouciance loin des convenances, ce qui dérange. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, une femme mariée ne devait pas séduire, au contraire. Elle ne devait pas être attirante pour les autres hommes, pas attirer l’œil, or, Madame Curley est tout le contraire. Elle aime attirer l'attention, elle aime le regard des hommes. Steinbeck cherchait-il à attirer le regard sur la conditions des femmes ? Non, je ne le pense pas. Il dépeint simplement le portrait d'une provinciale qui ne se contente pas de ce qu'elle a, peut-être à l'image d'une Bovary, quoique, la comparaison n'est guère pertinente. Les autres personnages, notamment Lennie, sont eux aussi un reflet de la société californienne en 1937 : travailleur, un peu rustres mais attachant. Georges est un homme intelligent, ambitieux, pragmatique. Il est débrouillard et pourtant, il voyage avec Lennie dont il prend grand soin. Lennie, qui n'est même pas de sa famille, Lennie qui réagit comme un enfant doté d'une force herculéenne. Lennie, l'handicapé. Probablement attardé, Lennie n'a jamais l'intention de blesser mais c'est un homme dont la force dépasse de loin celle d'un homme lambda. Il tue, sans faire exprès, sans le vouloir. Il tue les souris en voulant les caresser, il tue les chiots en voulant les caresser, homme-enfant, enfant d'homme. C'est le personnage principal, fragile, attachant, innocent, violent. Un homme qui, sans Georges, n'aurait pas sa place dans la société travailleuse que nous dépeint l'auteur. Un homme dont les troubles finissent par lui faire perdre cette place, un enfant dont la violence aura raison de ses rêves.

    Si l'on s'attache au style de l'auteur, l'écriture est très simple, pleine d'une sobriété qui apparaît dans les principaux passages narratifs : les descriptions. Imagées, précises, elles sont loin des comparaisons sans fin de Gustave Flaubert ou Honoré de Balzac. (Non, je n'aime ni l'un ni l'autre, entre description sans fin et ironie impossible à démontrer par des faits linguistiques en moins de deux heures, ces livres sont un peu la bête noire des innocents petits étudiants de lettres que nous sommes ...). Le reste est principalement constitué de dialogues, laissant la part belle aux personnages et à une langue faite d'abréviation orales, et autres approximations. Un sentiment de familiarité se construit alors avec les personnages, car notre voix de lecture est mêlé à celle des personnages. C'est un style intéressant et efficace. 

    Courte mais pertinente, cette nouvelle à la fois psychologique et historique offre différents niveaux de lectures, plongeant le lecteur dans un passé rude dont Steinbeck se plaisait à écrire. C'est un beau roman dont je recommande la lecture, juste pour pouvoir se mettre en avant dans les soirées mondaines ... Aïe, je plaisante, ça va ! Non, pas taper !

    Alors, bonne lecture !

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